Les diverses religions, au cours des âges, ont su s’approprier un cérémonial, des rituels, des rites, auxquels leurs commettants adhéraient de façon spontanée et quasi-automatique. Le personnel des maisons funéraires n’a eu, le plus souvent, qu’un rôle de soutien ou de second plan quand il s’est agi des rituels concernant la mort. Les religions y avaient la main haute.
Le contexte actuel propulse à l’avant plan le personnel des maisons funéraires dans la gestion des rituels funéraires.
Par la force des choses, on fait appel à eux, non seulement comme des techniciens des arrangements funéraires, mais aussi comme des accompagnateurs fiables sur lesquels on peut compter pour prendre les décisions appropriées. La mort, même attendue, cause toujours une surprise. Une charge émotive s’empare des personnes concernées par le deuil. On attend de cet accompagnateur des compétences techniques mais aussi un savoir psychologique et historique, une capacité d’écoute, de la discrétion et une probité à toute épreuve.
Il y a tellement d’enjeux lorsqu’il est question de la mort d’un être cher, pas seulement quand elle est subite : charge émotive, implications médicales, économiques, spirituelles, religieuses, politiques, culturelles, sociales et autres.
Les gestes à poser ne s’improvisent pas. Les rites qui conviennent revêtent une dimension symbolique qui plonge ses racines dans l’histoire, l’anthropologie, l’ethnologie et l’histoire des religions. Le personnel des maisons funéraires doit jouer le rôle d’accompagnateur fiable. Il ne peut se contenter d’être le spectateur muet ou incompétent de prises de décisions dont les coûts humains, économiques et sociaux sont considérables.
A la fin de sa vie tout être humain a droit à une belle sortie. Qui n’a pas été pour les autres sinon un personnage, du moins un certain modèle ou bien une référence ou bien transfert d’habiletés et de compétences de toutes sortes !
« Célébrer » (c’est-à-dire dire haut et fort), rendre « hommage » à cette personne pour ce qu’elle a été, en présence de ceux et celles qu’elle a rejoints dans sa vie, voilà le « service » qu’on peut lui rendre comme les religions appellent le rassemblement tenu lors de la mort d’un de ses membres. Et aussi les services qu’elle peut nous rendre.
Le personnel des maisons funéraires ne pourra ignorer deux objectifs fondamentaux dans le traitement qu’il fera de sa « clientèle » en s’appuyant sur la tradition, les religions mais aussi des philosophies dominantes et les énoncés du droit et du politique.
Ce que vivent alors les gens relève d’abord de leur dimension affective. Les réponses apportées relèveront donc d’abord de l’affectif. Les rituels retenus sont justement de l’ordre du symbole. Dans la panoplie des « moyens » pour pacifier les personnes endeuillées se trouvent les rituels.
Les rituels, comme les valeurs, comme les normes ne sont pas individuels, personnels comme on dit. Ils sont, comme dit Eric Volant, des « constructions sociales » inventées par les humains pour tâcher de déjouer la mort et de « vivre avec ». Ils sont des langages communs, des langages culturels inventés, portés par les humains et transmis comme une sagesse de génération en génération.
Mettre des mots sur une réalité, c’est déjà être un peu en contrôle. Le langage culturel du rituel a joué et joue ce rôle.
Les rituels sont répétitifs un peu comme les rituels de la nature elle-même. Après la nuit, on sait qu’il y aura le jour. Après l’hiver, il y aura le printemps et l’été. Succession et alternance des jours, des saisons, des années. Nouveauté dans la continuité.
La terre, l’eau, le feu, les fleurs, la musique, le chant, les danses, les pleurs, les écrits, les mots, les gestes, les vêtements voilà autant de moyens ritualisés qui peuvent pacifier et re-stabiliser. Le rituel vise d’abord à apprivoiser l’inconnu (ici, l’inconnu de la mort) et aussi nous donner des appuis, des repères pour nous relancer.
C’est ainsi qu’on devra accueillir et mettre en valeur la personne décédée. Donner l’occasion à son entourage de s’en nourrir par la mise en valeur de ce qu’il a fait et surtout de ce qu’il a été. Ses actions, ses projets, ses réalisations, ses rêves et surtout ce qui le faisait vivre : famille, travail, loisirs, etc.
Se donner du temps avant de poser des gestes irréversibles et inviter les personnes endeuillées à ne rien bâcler. Éviter les coupures trop brusques avec les personnes défuntes. Prendre tout le temps pour aller le plus loin possible physiquement et mentalement avec un être qui nous est cher.
Éviter l’appropriation ou la dispersion des cendres par exemple et ce, toujours en respectant nos principes et objectifs de départ : la dignité et l’intégrité de toute personne humaine et aussi que nul humain n’est propriété privée même si on dit toujours mon mari, ma femme, mon fils, ma fille, ma blonde, etc…
La célébration qui se tient lors du décès d’un être humain doit s’inscrire dans cette recherche de cohésion avec ce qu’il a été et ce qu’il a fait. Autrement c’est de la mascarade ou du ritualisme, c’est-à-dire des rites pour des rites.
Mais il existe partout des fins, des limites, des mesures ou paramètres pour nos actions. En tant qu’humains rationnels, nous aimons les choses en ordre et c’est normal. La mort peut se situer dans un cadre comme tout ce qui relève de l’humain.
Extrait d’un texte de monsieur André Bouchard, enseignant en philosophie éthique à la retraite